Droit des sociétés et contentieux

Milei et LIBRA : fraude, connexions et responsabilité juridique possible

Le scandale LIBRA n’est plus une simple anecdote de mauvaise pratique politique : il est devenu une bombe à retardement pour le gouvernement de Javier Milei.
Il ne s’agit plus seulement de la promotion irresponsable d’un actif financier ; les nouvelles révélations indiquent l’existence d’un réseau de liens entre le président et les architectes de LIBRA, ce qui renforce les soupçons quant à son rôle dans cette affaire.
L’article de La Nación (15 février 2025)
révèle des réunions préalables entre Milei et les créateurs de LIBRA, tandis que le communiqué de la Cámara Argentina Fintech tente de démarquer le secteur de ce scandale, ce qui laisse entendre que, même dans le monde crypto, les conséquences juridiques suscitent des inquiétudes.
S’il existait auparavant des doutes sur la question de savoir si LIBRA était une erreur ou une fraude, il existe désormais des indices concrets d’une opération préméditée. En outre, l’historique de Milei en matière de promotions crypto ratées (CoinX, Vulcano Game) renforce un schéma systématique de promotion d’actifs sans contrôle, qui finissent par s’effondrer en causant des pertes de plusieurs millions aux investisseurs.
📌 Des liens qui renforcent les soupçons
🔹 Mauricio Novelli, trader proche de Milei, l’a rencontré à la Casa Rosada plusieurs mois avant le lancement de LIBRA.
🔹 Julian Peh, CEO de Kip Protocol, la société créatrice de LIBRA, a également rencontré Milei en dehors du siège du gouvernement.
🔹 Hayden Mark Davis, fondateur de Kelsier Ventures et responsable du lancement de LIBRA, a affirmé être conseiller de Milei et a assuré que le président avait initialement soutenu le projet.
🔹 LIBRA a-t-elle été conçue pour manipuler le marché ? :
✔️ Le site web du projet a été créé le jour même du lancement, sans antécédents solides.
✔️ Des bots ont gonflé artificiellement le prix après le tweet de Milei.
✔️ Huit portefeuilles ont retiré 107 millions de dollars quelques minutes avant l’effondrement, dans un « rug pull » orchestré manuellement.
📌 Par conséquent : LIBRA n’était pas une crypto authentique, mais un montage présumé conçu pour manipuler le marché. Et le plus grave est que les architectes de cette escroquerie ont déjà collaboré avec Milei par le passé.
📌 La Cámara Argentina de Fintech tente de se démarquer du scandale
Le 15 février 2025 également, la Cámara Argentina Fintech a publié un communiqué (voir image) visant à distancer l’industrie crypto de l’affaire LIBRA.
🔹 Points clés du communiqué :
✔️ Elle affirme que LIBRA est un cas isolé et ne représente pas l’écosystème crypto argentin.
✔️ Elle insiste sur la nécessité de transparence et de régulation dans le secteur.
✔️ Elle souligne que l’Argentine a réalisé plus de 91,1 milliards de dollars de transactions en crypto en 2024, ce qui renforce l’idée que la technologie crypto est légitime, mais qu’elle a besoin de sécurité juridique.
📌 Que retenir ? : sa prise de distance rapide laisse penser que LIBRA est perçue au sein du secteur comme une fraude évidente, ce qui accroît les soupçons de manipulation financière.
📌 Mesures du gouvernement après le scandale $LIBRA
1️⃣ Enquête de l’Office anticorruption (Oficina Anticorrupción, OA) : une enquête interne a été ouverte pour déterminer s’il y a eu des comportements irréguliers ou des conflits d’intérêts au sein du gouvernement.
2️⃣ Création de l’Unité d’enquête (Unidad de Tareas de Investigación, UTI) : une équipe spécialisée chargée de recueillir des informations sur le lancement de LIBRA et de les transmettre à la justice.
3️⃣ Prise de distance de Milei : il a supprimé sa publication et a nié connaître les détails du projet, en l’attribuant à une « erreur de communication ».
4️⃣ Avertissement de la CNV : la Commission nationale des valeurs, autorité argentine des marchés financiers, a appelé à renforcer la régulation des crypto-actifs pour éviter des fraudes similaires.
📌 Ces mesures sont-elles suffisantes alors qu’elles émanent de sources internes ?
Ces actions ressemblent davantage à une tentative de limiter les dégâts qu’à un effort réel pour faire la lumière sur la fraude. Sans changements structurels de la régulation crypto, des affaires comme LIBRA continueront de se produire en toute impunité.
📌 Les mesures juridiques actuelles peuvent-elles réellement atteindre Milei ?
Si la promotion de LIBRA par Milei a eu un fort impact politique et économique, les dispositions juridiques en vigueur en Argentine ne semblent pas suffisamment énergiques pour sanctionner ce type de comportement.
📌 Lacunes de la législation actuelle :
1️⃣ Loi sur l’éthique dans la fonction publique (loi 25.188) : elle ne prévoit pas de sanctions pénales directes et ne permet que des interdictions administratives.
2️⃣ Code pénal – Enrichissement illicite (art. 268) : difficile à appliquer si les gains ne peuvent pas être directement rattachés à Milei.
3️⃣ Loi sur la loyauté commerciale (loi 22.802) : aucun précédent d’application à un président.
4️⃣ Loi sur les marchés de capitaux (loi 26.831) : LIBRA n’était pas enregistrée comme valeur négociable, ce qui complique son application.
📌 Par conséquent : sans une régulation plus stricte, ces vides juridiques continueront de permettre à des personnalités publiques de promouvoir des projets frauduleux sans conséquences réelles.
📌 Des réformes urgentes pour éviter de nouvelles escroqueries
1️⃣ Réforme de la loi sur l’éthique publique : interdire explicitement la promotion d’investissements sans régulation préalable.
2️⃣ Régulation spécifique des crypto-actifs : enregistrement obligatoire auprès de la CNV et transparence sur les bénéficiaires effectifs.
3️⃣ Sanctions plus sévères pour la publicité frauduleuse de la part d’agents publics : modifier la loi sur la loyauté commerciale pour y inclure des sanctions claires.
4️⃣ Incrimination de la manipulation du marché crypto : intégrer des sanctions dans le Code pénal pour des affaires comme LIBRA.
📌 Un gouvernement impliqué ou simplement complice ?
Le scandale LIBRA n’est pas seulement une énième histoire de fraude crypto : c’est le reflet d’un gouvernement qui, sous prétexte de dérégulation et de « liberté du marché », a ouvert la porte à des montages financiers opaques sans aucun contrôle.
📌 Si le gouvernement ignorait réellement les dessous de LIBRA, il est coupable d’une négligence alarmante. Si, au contraire, des figures clés du parti au pouvoir ont participé à sa promotion en sachant ce qui se passait, nous sommes face à un cas encore plus grave : une tentative de manipulation du marché depuis les plus hautes sphères du pouvoir.
👉 LIBRA n’est pas seulement une escroquerie crypto : c’est le symptôme d’un modèle de pouvoir présumé qui utilise l’économie numérique pour manipuler le marché et tirer profit de la dérégulation, sans assumer aucune responsabilité.

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