Antonio Tejeda Encinas, avocat, président de l’Euro-American Committee of Digital Law ; CEO de Meta Channel Corp
Introduction : l’importance des rapports dans la transformation numérique
Ces dernières années, gouvernements et institutions internationales ont publié plusieurs rapports clés destinés à orienter le développement technologique, économique et social. Des documents comme España 2050 (mai 2021), España Digital 2025 (juillet 2020), l’Agenda 2030 (septembre 2015), le rapport Letta (2023) et le rapport Draghi (2024) cherchent à proposer une feuille de route pour transformer l’Espagne et l’Union européenne face aux défis à venir. Bien que ces rapports fixent des objectifs ambitieux, ils présentent une lacune importante : ils ne précisent pas comment adopter concrètement les technologies émergentes, pourtant essentielles au changement qu’ils proposent. Si, dans des domaines comme la durabilité ou l’éducation, les objectifs sont plus clairs, la numérisation et la mise en œuvre technologique souffrent d’un manque de précision préoccupant.
L’Agenda 2030, adopté par les Nations unies en 2015, sert de cadre de référence aux objectifs de développement durable (ODD) dans de nombreux pays, dont l’Espagne. Ce programme met en avant la numérisation comme outil clé pour progresser dans des domaines tels que l’éducation, le travail et la durabilité. Pourtant, comme d’autres rapports, l’Agenda 2030 ne comporte pas de stratégie claire sur la manière d’adopter des technologies émergentes comme l’intelligence artificielle (IA), la blockchain ou l’informatique quantique dans les secteurs clés. Si la nécessité de réduire la fracture numérique est reconnue, il manque une feuille de route précise pour guider sa mise en œuvre pratique.
Le rapport España 2050, présenté en mai 2021 par Pedro Sánchez, a été conçu comme une feuille de route à long terme pour transformer l’économie et la société espagnoles. S’il aborde des sujets pertinents comme la numérisation, son approche générale et de long terme a réduit son impact dans le débat public. Comme son prédécesseur, España Digital 2025, le rapport mentionne les technologies émergentes, mais n’approfondit pas la question de leur adoption effective. Ce manque de précision limite sa pertinence dans un contexte où l’accélération technologique exige des réponses plus immédiates.
Le rapport Letta (2023) s’est concentré sur la cohésion du marché unique européen et sur la suppression des obstacles réglementaires internes. S’il a été une réussite sur le plan technique et réglementaire, il a été critiqué pour son manque de vision en matière d’adoption technologique. Bien qu’il cite la numérisation comme un élément clé, il traite superficiellement des technologies comme l’intelligence artificielle, la blockchain et l’automatisation avancée, sans offrir d’orientation claire pour leur adoption à grande échelle en Europe.
Rapport Draghi : un diagnostic juste, mais sans plan d’action
Le rapport Draghi (2024), commandé par la Commission européenne, s’est donné pour objectif de relever des défis tels que la compétitivité européenne face aux États-Unis et à la Chine. Bien qu’il mentionne la nécessité d’investir dans des technologies avancées comme les réseaux 5G et 6G et l’intelligence artificielle, le rapport a été critiqué pour son manque de précision quant à la mise en œuvre de ces technologies. Alors que 800 milliards d’euros par an sont prévus pour l’ensemble des propositions, aucune ventilation claire n’indique comment ces fonds seront répartis, notamment entre les secteurs ou les technologies spécifiques. L’absence d’un plan d’action concret a affaibli ce rapport, qui se borne à diagnostiquer les problèmes sans proposer de solutions claires.
Une critique récurrente adressée à ces rapports est que, s’ils reconnaissent l’importance de la transformation numérique, ils ne traitent pas avec suffisamment de profondeur l’intégration de technologies de rupture comme l’intelligence artificielle, la blockchain, l’informatique quantique ou les réseaux 5G et 6G. Ces technologies sont à la pointe de l’innovation dans des secteurs clés comme la santé, l’éducation et la finance, et le manque de précision des rapports à leur sujet en fait des documents d’intention plutôt que de véritables plans d’action, faute de propositions concrètes en matière d’adoption technologique.
Pour que ces rapports soient réellement utiles, ils doivent comporter des plans d’action détaillés sur la manière d’intégrer les technologies émergentes dans les secteurs stratégiques. Seules une planification précise et une mise en œuvre adéquate permettront de garantir que l’Europe et l’Espagne restent compétitives à l’ère numérique.