Antonio Tejeda Encinas, observateur international auprès de la Commission des Nations Unies pour le droit commercial international – CNUDCI (UNCITRAL), Groupe de travail I (micro, petites et moyennes entreprises), Avocat Antonio Tejeda Encinas, Euro-American Committee of Digital Law
Ce rapport de l’ONU et de l’OIT vise à approfondir la pertinence du dialogue social à l’ère de l’intelligence artificielle (IA). L’intégration de cette technologie dans le monde du travail pose des défis sans précédent, qui ne pourront être relevés que par une approche collaborative entre les partenaires sociaux. Voici les points clés du rapport intitulé Mind the AI Divide: Shaping a Global Perspective on the Future of Work, publié le 26 juillet 2024.
Ce rapport, rédigé conjointement par l’Organisation internationale du Travail (OIT) et le Bureau de l’Envoyé du Secrétaire général des Nations Unies pour les technologies, examine les profondes disparités dans l’adoption de l’intelligence artificielle à l’échelle mondiale, et la manière dont ces inégalités technologiques affectent les économies, en particulier dans les pays à revenu faible et intermédiaire.
Dialogue social et IA : des défis mondiaux
Le rapport met en évidence des questions essentielles, telles que la fracture numérique, les inégalités mondiales, la requalification professionnelle, la gouvernance internationale de l’IA, l’impact sur les inégalités de genre et sur les groupes vulnérables, ainsi que la nécessité de favoriser la coopération public-privé afin de garantir la durabilité future du travail.
Dans ce contexte, le dialogue social n’est pas un sujet isolé. Il est intrinsèquement lié à toutes ces questions, en particulier à la formation continue des travailleurs et à la coopération entre le secteur public et le secteur privé. Le rapport avance que le dialogue social peut être l’outil le plus efficace pour faire en sorte que l’IA non seulement améliore la compétitivité des entreprises, mais respecte et renforce aussi les droits des travailleurs.
BRÈVES RÉFLEXIONS qui me semblent à la fois globales et locales :
Dimension internationale et nationale du dialogue social
L’IA est un phénomène mondial, mais sa mise en œuvre et les cadres de dialogue social varient considérablement d’un pays à l’autre. Alors qu’en Espagne les tables de négociation tripartites entre organisations patronales, syndicats et gouvernement sont bien établies, dans d’autres pays le manque d’infrastructures et d’organisation syndicale affaiblit le processus. Dans ce contexte, des organisations comme l’OIT jouent un rôle essentiel dans la promotion de normes mondiales et dans l’échange de bonnes pratiques.
Régionalisme et mondialisation à l’ère post-COVID
Le COVID-19 a accéléré la transition vers une mondialisation à caractère plus régional. Les organisations patronales et les syndicats s’attachent désormais à renforcer les chaînes d’approvisionnement locales, en évitant une dépendance excessive à l’égard des marchés extérieurs. Aux Canaries, par exemple, le syndicalisme a adopté une position plus territoriale, en défendant les droits des travailleurs dans des secteurs clés comme le tourisme et les services publics. Parallèlement, les organisations patronales espagnoles ont cherché à préserver la flexibilité interne au moyen de mécanismes tels que les ERTE (dispositifs espagnols de chômage partiel).
Autres circonstances ayant affecté le dialogue social
Outre le COVID-19, d’autres circonstances, comme la crise financière de 2008, ont fortement influé sur le dialogue social en soulignant la nécessité d’un équilibre entre flexibilité et sécurité de l’emploi. Les politiques d’austérité qui ont suivi ont érodé la confiance dans ces mécanismes, en particulier en Espagne, où la réforme du travail de 2012 reste source de divisions malgré les réformes ultérieures (Real Decreto-Ley 32/2021, Real Decreto-Ley 8/2023 et Real Decreto-Ley 2/2024, décrets-lois royaux espagnols).
Les Canaries : un modèle de dialogue social adapté
Les Canaries, dont l’économie insulaire repose sur des secteurs vulnérables comme le tourisme, l’agriculture, le commerce et la logistique, exigent une adaptation spécifique du dialogue social face à la disruption technologique que représente l’IA. La transformation de ces secteurs requiert une approche coordonnée entre les pouvoirs publics (Presidencia del Gobierno de Canarias, Cabildo de Tenerife), les employeurs (Ceoe-Tenerife) et les syndicats ( UGT Tenerife, CCOO Tenerife) afin de garantir la protection de l’emploi et la compétitivité régionale.
Nous proposons la création de : « CanariasTech Hub », une plateforme régionale destinée à évaluer l’impact de l’IA dans des secteurs clés comme le tourisme, l’agriculture, le commerce et la logistique. Cette plateforme favorisera également des politiques adaptées aux besoins spécifiques de la région, en assurant une mise en œuvre technologique qui protège à la fois l’emploi et la compétitivité.
De même, l’initiative « Tech Talent Canarias » réunira entreprises et pouvoirs publics dans des programmes de formation continue conçus pour doter les travailleurs des compétences nécessaires pour faire face à la transformation numérique, afin que des secteurs vulnérables comme le tourisme et l’agriculture puissent conserver leur pertinence dans un environnement de plus en plus automatisé.